L’urgence de repenser l’Europe.

L’actualité de la dernière quinzaine a mis en lumière une polarisation du débat entre une Europe du libre-échange, en faveur des entreprises et de l’investissement et une Europe défenderesse des droits sociaux de ses citoyens.

 

La première idée se justifie généralement par le fait que le citoyen bénéficiera des retombées positives du développement du commerce, créateur de croissance, grâce à une redistribution naturelle des richesses. La deuxième croit que les préoccupations pour l’humain et le social devraient précéder les considérations économiques, en tant que condition de la croissance, mais aussi simplement pour des raisons éthiques.

 

Les événements récents au niveau de l’UE tendent à montrer la prédominance du premier modèle. La Troïka se fait toujours plus pressante envers les Etats membres dont les dépenses publiques excessives menacent la viabilité des finances publiques. Autre exemple : le mécanisme ISDS laisse à penser que les Etats peuvent constituer une menace pour les investisseurs et qu’une juridiction est considérée comme « indépendante » non pas si elle démontre une absence de lien avec des intérêts privés mais au contraire, si elle démontre son absence de lien avec l’Etat, contrairement à une logique qui a longtemps prévalu. De même, l’Agence européenne du médicament, selon les ONG, interpréterait les règles de l’UE en faveur des entreprises et au détriment du citoyen. Enfin, on remarque que la Cour de justice pénalise la politique de santé d’un Etat car l’intérêt général qu’elle défend n’est pas suffisamment justifié (voir infra)…

 

En revanche, la Cour de justice se déclare incompétente pour juger de la légalité des périodes d’essai en matière d’emploi et l’Union européenne échoue à trancher concernant la situation des routiers en transit dans un autre pays européen, sujet pourtant éminemment transfrontalier. Cette tendance à placer l’économie devant l’humain est largement critiquée par la société civile. La Troïka, de plus en plus décriée, ne dit plus son nom. Les socialistes européens se sont insurgés contre le désintérêt de la Présidence lettone face à leur proposition de groupe d’experts destiné à avancer sur la question d’une proposition de directive relative au congé de maternité.

Ces débats ne sont pas nouveaux. En revanche ils semblent de plus en plus acerbes, suscitant l’exaspération et de ce fait, le crédit dont bénéficient de plus en plus les eurosceptiques.

Cette polarisation des débats qui semblent ne jamais aboutir n’est-elle pas un ’indice de la nécessité d’un changement d’approche ? Ne faudrait-il pas repenser la théorie de Robert Schuman selon laquelle « l’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble. Elle se fera par des réalisations concrètes, créant d’abord une solidarité de fait. »