Le calme avant la tempête ?

Le temps européen semble suspendu depuis plusieurs mois… Cette relative quiétude annoncerait-elle de futures turbulences ou n’est-elle que le signe annonciateur d’une certaine morosité révélant le peu d’ambitions de la Commission Juncker ?

 

La discrétion de la Commission irrite même le Parlement européen, qui est contraint de multiplier l’adoption de résolutions parlementaires afin d’inciter la Commission à publier un texte législatif. Il en va par exemple de la résolution adoptée par la Commission Envi du PE le 31 mars dernier appelant la Commission européenne à lancer une nouvelle stratégie en matière d’alcool.

 

Pas de texte ou des initiatives législatives sans ambition : la frontière est malheureusement ténue. En est un exemple la consultation publique publiée par la Commission européenne le 21 avril sur l’égalité entre hommes et femmes. Présentée sous forme de questionnaire « à choix multiples » sans vision globale, cette consultation est censée donner suite à la stratégie européenne 2010-2015.

 

Autre exemple : la future révision ciblée des directives sur le détachement des travailleurs attendue fin 2015 qui ne pourrait finalement n’accoucher que d’une souris et prendre la forme d’une énième nouvelle consultation publique…

 

Une première explication tiendrait à la mise en œuvre du programme de simplification administrative annoncé par le Vice-Président de la Commission européenne, Frans Timmermans, le 16 décembre dernier et visant à retirer ou modifier plus de 80 propositions de textes de la précédente législature. L’effet immédiat conduit à alléger l’agenda législatif européen, mais également à faire table rase de dossiers importants sur lesquels un ensemble d’acteurs s’est déjà prononcé (directive congé maternité par exemple).

 

Deuxième facteur explicatif : l’agenda politique de certains Etats membres de l’UE complique la marge de manœuvre de l’exécutif européen, notamment l’émergence de partis politiques très critiques vis-à-vis des institutions européennes.

 

Il en va ainsi de l’issue de la future coalition gouvernementale en construction en Finlande qui pourrait intégrer le Parti des Vrais Finlandais, ouvertement anti-européen. La « situation britannique » est également révélatrice ou constitutive de ce climat avec un ensemble de déclarations du Premier ministre David Cameron : promesse de référendum en 2017 sur la sortie de l’UE, volonté de modifier les traités européens, restrictions

des conditions d’accès des ressortissants européens aux prestations sociales …

 

Enfin les élections législatives en Espagne qui seront organisées fin 2015 devraient voir l’émergence du Parti d’extrême gauche Podemos, sur  le modèle de son cousin grec Syriza..

 

Toutes ces échéances politiques constituent un terrain miné pour le Président de la Commission. Mais peut-être Jean-Claude Juncker pourrait retourner la situation à son avantage et nous surprendre… ?