Le pouvoir des mots… mais jusqu’à quel point ?

La Commission européenne a publié le 27 octobre 2015 son traditionnel programme annuel de travail qui, au fur et à mesure des années, semble se réduire à peau de chagrin. En outre, depuis les débuts de la Commission présidée par Jean-Claude Juncker celui-ci présente un catalogue d’initiatives, législatives ou non, à modifier, évaluer mais surtout beaucoup à abroger…

 

Si l’on commence à bien comprendre que l’objectif prioritaire affiché et ressassé de simplification administrative du droit de l’UE signifie tout simplement une moindre ambition et une raréfaction des initiatives législatives, l’exercice de style qui consiste à énoncer 10 priorités claires et simples apporte toutefois une forme de pédagogie qui manquait auparavant même si le contenu des projets annoncés notamment en matière de protection sociale reste globalement flou voire incantatoire.

 

Il en va par exemple des « précisions sémantiques » apportées au futur socle européen des droits sociaux propres à la zone euro dont le concept de « flexicurité à la danoise » fait sa réapparition…

Selon l’exécutif européen, le socle doit permettre, à terme, de déterminer des critères sociaux qui seront fondés sur les meilleures pratiques dans les États membres en vue d’une convergence dans la zone euro, en ce qui concerne le fonctionnement du marché du travail et les compétences et la protection sociale.

 

Cette phraséologie difficile à décrypter alimente les craintes d’un manque d’ambition de la Commission européenne dans le champ social et de la protection sociale.

 

Il en va par exemple de la mise en œuvre de la phase 1 du renforcement de l’Union économique et monétaire des 19 Etats de la zone euro. En effet, très peu de mesures sociales concrètes ont été annoncées.

 

A l’inverse, la liberté de circulation des travailleurs semble être la priorité des priorités des éléments de langage de la Commission européenne.

Cette apparente volonté politique s’inscrit notamment dans un contexte où la crise des réfugiés a alimenté des poussées eurosceptiques et xénophobes dans l’UE et où l’attente des futurs désidératas du Premier Ministre britannique, David Cameron, dans la perspective du référendum de maintien ou non de son pays dans l’UE pourrait menacer le sacro-saint principe de liberté de circulation des travailleurs.

 

La lumière pourrait venir paradoxalement de certaines situations a priori négatives pour le renforcement de l’UE. On pense aux résultats des récentes élections législatives en Pologne qui ont vu la victoire du parti eurosceptique Droit et Justice (PIS), peu suspecté de défendre une meilleure intégration de l’UE

mais qui devrait refuser les velléités du Royaume-Uni de limiter la circulation des travailleurs européens quand on sait qu’environ 800 000 polonais résident au Royaume-Uni…(1)

 

Source (1) : Le Monde.fr : 23/10/2015 « Pologne, la fin du bon élève européen ? ».