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Le scandale Janusz ou l’Europe des Pierre, Paul, Jacques.

Le 14 mars 2017, le Parlement européen a décidé de sanctionner l’eurodéputé polonais d’extrême droite, Janusz Korwin-Mikke, après une prestation plus que remarquée en session plénière. Il a justifié les différences de salaire entre les hommes et les femmes parce que ces dernières « sont plus faibles, plus petites et moins intelligentes ».

Consternant d’entendre encore de tels propos en 2017 !

Six jours après avoir célébré la journée internationale des droits de la Femme, le Parlement européen a émis un signal fort: de tels propos ne seront pas tolérés. Ils contreviennent de matière frontale aux valeurs communes de l’UE d’égalité et de non-discrimination, des valeurs inscrites dans les traités depuis 60 ans.
On ne peut que féliciter les institutions européennes pour ces messages prônant l’égalité.

Mais malgré les évolutions juridiques et politiques pour consacrer l’égalité entre les hommes et les femmes, qu’en est-il dans la pratique ? Et surtout, quid de ce sexisme « ordinaire » qui ne dit pas son nom, celui presque inconscient qui fait qu’au fond une décision sera fondée sur le fait que l’un est un homme et l’autre, une femme ?

Au niveau européen, des progrès ont été enregistrés : de plus en plus de femmes accèdent au marché du travail (taux d’emploi de 65,5% en 2016) et sont diplômées du supérieur (57% sont des femmes).

Néanmoins, si l’on regarde d’un peu plus près les chiffres, force est de constater que les différences entre les hommes et les femmes restent criantes : 75% des hommes ont un emploi et 3/5 des diplômés dans les études scientifiques sont des hommes. Encore trop peu de femmes accèdent à des fonctions managériales. Par ailleurs, à compétences égales, elles sont en moyenne payées 16,1% de moins que les hommes dans l’UE et subissent des discriminations à l’augmentation salariale.

Faut-il le rappeler, ces différences de salaires mènent à des inégalités en termes de droits sociaux. Le journal Le Monde indique que les « différences de salaire sont constatées dès l’obtention du diplôme : les diplômées de Sciences Po sont payées 28 % de moins que leurs condisciples masculins ». Ces différences impactent en conséquence les droits sociaux des femmes, notamment les droits à retraite futurs. Un rapport d’initiative du Parlement européen regrette un différentiel de 38% en moyenne entre les retraites des hommes et des femmes.

Nous avons fait du chemin mais la route est encore longue. L’Union européenne a un grand rôle à jouer pour soutenir l’évolution des mentalités. Les femmes européennes attendent des actes.

C’est avec bienveillance qu’elles accueilleront les prochaines initiatives de l’UE, notamment celles concernant le socle européen des droits sociaux et la conciliation entre vie privée et vie professionnelle.

En attendant, c’est avec courage que les femmes devront encore lutter contre ces excuses/injustices sur lesquelles se fondent les lambdas Pierre, Paul ou Jacques pour sereinement décider et justifier que Monsieur sera augmenté de 5% et Mesdames de 3%…

Pour consulter le REIF Info n°274: