Le politique au cœur des solutions pour l’UE

La dernière étude politique de la Fondation Robert Schuman intitulée Réformer l’Union européenne : un impératif politique et démocratique apporte un éclairage intéressant à la situation politique actuelle de l’UE et sur son avenir. Selon la publication, les principaux problèmes structurels de l’UE sont étroitement liés et concernent « la faible identification des citoyens avec une identité politique européenne supranationale, le lien très faible entre la volonté des citoyens exprimée lors des élections et les orientations politiques de l’Union, le sentiment d’une certaine « inéluctabilité » ou « irréversibilité » et le déficit de leadership politique. »

C’est à l’aune de ces lacunes que les propositions récentes ou les discussions en cours relatives au futur de l’UE devraient être débattues. On pense notamment aux scénarios pour l’avenir de l’UE ainsi qu’aux initiatives annoncées pour mars et notamment le Paquet Équité qui comprendrait des propositions sur une autorité européenne pour l’emploi, une initiative sur l’accès à la protection sociale et des propositions envisageant un numéro de sécurité sociale européen, mais aussi aux propositions en prévision des prochaines élections européennes et de désignation d’une nouvelle Commission en 2019 : liste transnationale, procédure du « spitzenkandidat », composition et taille de la prochaine Commission ou encore fusion du poste de président de la Commission européenne avec celui du Conseil européen.

Mais la légitimité de l’UE et l’UE sociale se construira aussi sur le terrain. Le Socle européen des droits sociaux a amplement été discuté depuis 2 ans. Présenté comme un curseur pour la convergence des droits sociaux dans l’UE, il pourrait constituer un canevas pour l’adoption de mesures réelles et tangibles pour la convergence des droits des citoyens de tous les États membres et donc une meilleure cohésion et solidarité entre citoyens européens.

C’est également pour cette raison que des sujets tels que le détachement des travailleurs ou la conciliation vie privée-vie professionnelle sont primordiaux pour la convergence des droits sociaux des citoyens, la lutte contre le dumping social et la compétitivité sociale entre les États membres permettant in fine l’identification politique des citoyens à un projet européen commun et bénéfique à tous.

On voit cependant que certains acteurs poussent aux dissensions. Ainsi certaines positions allemande, autrichienne et irlandaise défendant une indexation des allocations familiales en fonction des allocations sociales du pays où résident les enfants de travailleurs mobiles pourraient remettre en question les principes de la coordination des systèmes de sécurité sociale et de solidarité, en signifiant que ces travailleurs ne contribuent pas au système social de l’État dans lequel ils travaillent et les discriminant par rapport aux travailleurs nationaux. Cette approche sous-entend leur participation à un phénomène de tourisme social alors qu’ils contribuent à alimenter, comme leurs homologues locaux, les ressources fiscales et sociales du pays qui les accueillent.

En réalité, il semble que la 10ème proposition de la Fondation Schuman soit un préalable indispensable pour transformer l’Europe: « commencer à faire de la politique, tout simplement » avec « un changement radical d’attitude du personnel politique européen qui doit commencer à faire de la politique au sens le plus large et le plus basique du terme, en rendant l’espace politique européen visible et en investissant avec dynamisme les espaces politiques nationaux. »

 

Pour consulter le REIF Info numéro 294: