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Transformations numériques : pour un leadership européen ?

Alors que le 28 mars 2018, le rapport sur l’intelligence artificielle (IA) du député mathématicien Cédric Villani était publié et qu’Emmanuel Macron annonçait son plan d’investissement de 1,5 milliards d’euros pour l’intelligence artificielle, l’UE a tenu, le 10 avril, sa deuxième Journée du numérique. Organisée par la Commission européenne, elle a été l’occasion de proposer de nouveaux engagements européens en la matière (voir infra).

La numérisation et l’IA sont loin de relever seulement d’une dimension théorique. Elles ont déjà de nombreuses applications et implications pratiques. C’est donc un sujet de première importance pour les citoyens.

D’un côté on met en avant les avancées bénéfiques pour les individus (complément de revenus et services accessibles via des plateformes en ligne, accès à la santé en ligne ou à des appareils médicaux connectés permettant un suivi personnalisé et immédiat de la santé de leurs porteurs, ) ; de l’autre les risques : chômage de masse par la robotisation des emplois et utilisation de données personnelles à des fins commerciales (montant de prime d’assurance lié au suivi d’un traitement médical contrôlé par des appareils connectés par exemple).

Pourtant, comment effectuer une analyse claire de la situation, alors que la numérisation est encore un processus inachevé et que les avancées technologiques potentiellement infinies ne permettent qu’une approche fragmentaire et temporaire de la situation. Lors d’une audition au Sénat français le 19 janvier dernier, Marie-Claire Carrère-Gée, présidente du Conseil d’orientation pour l’emploi, a expliqué que « les études s’intéressent juste au phénomène de destructions brutes d’emplois (…) mais elles ne s’intéressent pas à la création d’emplois ». Elle estime qu’« à chaque grande vague d’innovation technologique, il y a la crainte d’un chômage massif. Or, l’histoire montre que depuis toujours le progrès technologique a créé des emplois, y compris ces dernières années. »

Quoi qu’il en soit, ces développements doivent être accompagnés : premièrement via des systèmes éducatifs et des marchés de l’emploi en phase avec les avancées technologiques (compétences numériques, formation tout au long de la vie) mais aussi via des réglementations adaptées pour accompagner ces transformations tout en protégeant les individus contre les potentiels effets négatifs (protection des données personnelles, accompagnement sur le marché de l’emploi, etc.).

De nombreuses initiatives et programmes existent déjà ou sont en cours de lancement dans les Etats membres. Dans ce contexte, il revient à l’UE de proposer une action coordonnée en la matière, afin de rendre sa politique du numérique lisible pour ses citoyens et afin de peser à l’échelle mondiale alors que les Etats-Unis, le Canada et la Chine apparaissent déjà puissants dans ce domaine.

La Commission a d’ailleurs exprimé, lors de la Journée du numérique, sa volonté de s’engager à développer une numérisation inclusive et une IA responsable et éthique. Pour cela, elles devront être pensées en ce sens dès le début. Si l’on reprend les préconisations du rapport Villani, rendre les algorithmes utilisés dans les programmes informatiques plus intelligibles ou encore réaliser des études d’impact pour éviter les biais et possibles discriminations liés à l’algorithme (notamment en matière d’assurance, voir), pourraient permettre de rendre la numérisation plus éthique.

A toutes fins utiles, on peut également jeter un œil au rapport proposé par le Parlement européen et au nom accrocheur « Faut-il avoir peur de l’Intelligence artificielle ? ».

Pour consulter le REIF Info numéro 297: