1.290 milliards d’euros, 750 milliards, 310 milliards de transferts, 250 milliards de prêts…

Le vertige nous prend face aux trillions, milliards, millions d’euros, « espèces sonnantes et trébuchantes » présentées par la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le 27 mai, à l’occasion de la présentation du plan de relance européen, du nouveau cadre financier pluriannuel révisé pour la période 2021-2027 et du programme ajusté de la Commission pour 2020 (voir infra).

Le Parlement européen, dans une résolution adoptée le 15 mai , n’était déjà pas dupe et pressait instamment la Commission européenne à ne pas avoir recours « à des multiplicateurs douteux pour donner une publicité à des chiffres ambitieux » ni « à la magie financière ». La crédibilité de l’UE, disait-il, est en jeu.

Avec ces nouvelles propositions, inimaginables avant la crise du Covid-19, la Commission portera sûrement le flanc à la critique d’en faire trop par certains acteurs nationaux qui auparavant médisaient sur son manque d’ambition et son inefficacité face à la crise du coronavirus.

Les propositions de la Commission présentent à première vue des vertus diplomatiques et bureaucratiques. Elles vont à la fois plus loin que la proposition franco-allemande du 18 mai dernier pour un fonds de relance de 500 milliards d’euros tout en satisfaisant les demandes des désormais fameux quatre Etats “frugaux” de l’UE (Pays-Bas, Autriche, Danemark et Suède) plaidant eux pour un fonds de relance centré sur des prêts et non des obligations perpétuelles de dettes communes et conditionné à des recommandations de plus en plus fortes dans le cadre du Semestre européen tout en préservant leurs rabais consistants au budget européen.

Le point déterminant reste que les propositions du plan de relance et du cadre financier pluriannuel révisé devront non seulement être adoptées à l’unanimité des 27, mais également que la majorité des Parlements nationaux devront donner leur blanc-seing…

L’échéance du 1er janvier 2021 pour une adoption et mise en vigueur de ces plans semble presque désormais compromise.

L’Allemagne, partenaire naturel de la France, qui présidera le Conseil de l’UE à partir du 1er juillet et ce jusqu’au 31 décembre 2020, aura non seulement un rôle clé dans les négociations à venir, mais, comme elle l’a démontré dans la proposition de relance signée avec la France, devra oser bouger les lignes et garantir la pérennité du projet européen au-delà des intérêts nationaux, par nature, égoïstes.

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