Grosse fatigue

ll est des signes qui ne trompent pas : l’Union européenne se prépare à vivre durablement avec la Covid.

Si les mots ne sont pas encore prononcés en ces termes, la Présidente von der Leyen le suggérait néanmoins lors de la présentation des mesures additionnelles : « Cette fois-ci, nous sommes confrontés à deux ennemis : le coronavirus lui-même et la «fatigue du coronavirus», c’est-à-dire une fatigue croissante par rapport aux mesures de précaution contre le coronavirus ».

Ces mesures additionnelles, qui portent sur les aspects sanitaires de la lutte contre la pandémie (voir infra), s’inscrivent d’ailleurs pour partie dans le moyen terme : l’élaboration d’un formulaire conjoint de localisation des passagers est ambitionnée pour décembre, la possibilité de réduire TVA et droits de douanes sur les équipements médicaux a été prolongée jusqu’en avril.

Las, alors que la Commissaire à l’Innovation Mariya Gabriel s’estimait, au mois de mai, raisonnablement confiante quant à la possibilité d’avoir un vaccin disponible fin 2021, la Commission n’hésite désormais plus à écrire que « rien ne garantit le succès de l’un ou l’autre candidats vaccins ».

Certains des instruments approuvés il y a des mois au niveau européen commencent à peine à être mis en œuvre : Italie, Espagne et Pologne ont reçus les premiers versements promis et permis au titre de SURE ; Allemagne, Irlande, Italie, Lettonie et Espagne ont désormais des applications de traçage interopérables. On ne sait plus s’il faut se réjouir que des mesures européennes concrètes permettent de soutenir les Etats membres dans la lutte contre la pandémie et ses effets ou s’attrister de ce que la durée nécessaire à leur mise en place ne soit pas en adéquation avec l’urgence ressentie par les Européens.

S’il est désormais couramment admis que l’échelon européen est l’échelon pertinent pour lutter tant contre les effets sanitaires immédiats que les effets économiques et sociaux de long terme d’une pandémie, les instruments actuels ne permettent pas de réaliser ce potentiel. L’Europe de la Santé annoncée par la Commission ne se concrétisera que par un budget conséquent et un nécessaire transfert de compétences, au moins partagées. La Conférence sur l’avenir de l’Europe devrait offrir l’opportunité de débattre sereinement et démocratiquement de ce dernier.

Quant aux conséquences économiques et sociales de la crise Covid, gageons que les parties engagées dans les discussions tout juste amorcées sur le salaire minimum adéquat ou celles à venir sur la mise en œuvre du Socle européen des droits sociaux sauront prendre la mesure de leur responsabilité.

Téléchargez le REIF Info 250.