SURE and next ?

Alors qu’il avait fallu au moins 5 années pour que Jean-Claude Juncker, l’ex-Président de la Commission européenne, puisse mobiliser 500 milliards d’euros dans le cadre du Fonds européen pour les investissements stratégiques, l’Eurogroupe a réussi « une sorte d’exploit » le 9 avril dernier en décidant de mobiliser plus de 540 milliards d’euros, un mois à peine après le confinement imposé par l’épidémie du COVID-19.

La possibilité d’un accord paraissait incertaine, notamment en raison du clivage fort et toujours persistant des Etats membres sur la question des corona bonds (euro-obligations liées au COVID-19 et visant à une mutualisation de la dette entre les Etats membres de l’UE). Si ce nouveau concept a envahi le débat public sans que l’on réussisse vraiment à l’opérationnaliser, le champ des possibles vers un approfondissement de l’Europe sociale et monétaire semble bel et bien ouvert.

Il est toutefois impératif que l’accord de l’Eurogroupe soit mis en œuvre le plus rapidement possible. Le temps presse. Alors que la France comptait au 15 avril plus de 8,7 millions de salariés en chômage partiel dont une très grande partie est couverte par une subvention de l’Etat, l’aide temporaire européenne d’urgence « SURE » visant à compléter les dispositifs nationaux de chômage partiel et d’aide aux travailleurs indépendants et précaires est particulièrement bienvenue et pourrait soutenir d’ici quelques semaines les dispositifs français.

Cependant, à moyen terme, sans une initiative européenne plus large qui éviterait une augmentation importante des niveaux de la dette publique dans des pays comme la France, l’Italie ou l’Espagne, les prêts à taux réduit via le mécanisme « SURE » ne contribueront que difficilement à diminuer le risque imminent d’endettement insoutenable.

Peut-être la conférence sur l’avenir de l’Europe qui doit (devait ?) s’ouvrir le 9 mai prochain et engager un processus de consultations citoyennes à travers l’UE sur deux ans pourrait-elle être l’opportunité de questionner la pertinence d’une révision des traités européens et plus généralement lancer une réflexion sur une Europe fédérale à 27 ou d’un noyau dur plus fédéral uni par le souci d’une convergence sociale et fiscale…

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