Vers une Europe verte et numérique mais apparemment pas sociale…

C’est un peu le mot manquant dans le discours sur l’état de l’Union 2020 de la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ce 16 septembre 2020. Depuis le traité de Lisbonne, ce traditionnel message annuel de la Présidence de la Commission présente le bilan de son Collège dans l’année écoulée et ses ambitions pour l’avenir.

Le cru 2020 est signifiant.

Cette année, les considérations sociales n’apparaissent qu’en filigranes via la prise en compte des enjeux de santé. La santé est ainsi LE sujet incontournable 2020 mais elle se voit traitée sous l’angle de la gestion de la pandémie de Covid-19 plus que comme un choix d’action politique volontaire. Les autres mesures “sociales” prises pendant la pandémie et mises en avant dans son bilan, tel que l’instrument SURE (il est difficile d’ailleurs d’en trouver un autre) sont également des actions réactives, imposées, et non proactives en faveur d’une Europe plus sociale. SURE vise à atténuer un danger imminent pour l’économie mais n’entend pas poser les bases d’un système social pérenne. La Commission l’a d’ailleurs répété à de nombreuses reprises, SURE ne préfigure pas un système de réassurance européen (une proposition devrait être présentée en 2021).

Dans sa lettre d’intention et les documents publiés ce 16 septembre, la ligne directrice de l’UE est claire. Elle tient dans cet objectif, scandé tel un mantra: “la double transition verte et numérique”. Parmi la liste des nouvelles initiatives, comme perdu entre le vert, le numérique, la compétitivité (notamment industrielle), les investissements, on trouve la mention d’une seule initiative sociale. Il s’agit d’adopter un plan d’action pour poursuivre la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux, ce compas adopté en 2017- déjà et apparemment le seul outil dans ce domaine – qui doit orienter l’UE et les Etats membres pour développer des politiques dans ce domaine. Elle fait partie du triptyque “Social, Marché Intérieur, Schengen”. En revanche, aucune dimension sociale dans le chapitre intitulé “Une économie pour les personnes”.

En matière de santé, l’ambition est cantonnée à réagir à la Covid (recherche pour un vaccin, prolongation du mandat du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies).

Alors à l’annonce de la Présidente “après la crise, une Europe meilleure”, se pose la question, “pour qui?”.

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