Confinés, des centaines de millions d’Européens ont connu une stricte limitation de leurs interactions sociales pendant plusieurs mois. Au même moment, jamais les Etats membres n’ont autant coopéré pour trouver des solutions dans l’urgence, qu’il s’agisse de mettre en place un mécanisme ad-hoc de financement du chômage partiel, de soutenir l’élaboration et l’acquisition conjointe d’un vaccin ou encore travailler à l’interopérabilité des applications de traçage.

Le programme de travail de la Présidence allemande du Conseil qui s’ouvre ce 1er juillet tout comme les récentes déclarations de la Chancelière, semblent indiquer que la République fédérale capitalisera sur cet élan pour ouvrir plus largement certaines portes.

Au niveau budgétaire, d’abord, le revirement opéré par l’Allemagne est énorme, à la mesure de l’ampleur de la crise pandémique et de ses conséquences. La proposition de plan de relance franco-allemand, endettement communautaire mutualisé et aides pouvant être non-remboursables, s’il est encore loin de faire l’unanimité, était tout bonnement inenvisageable il y a quelques mois.

Au niveau politique, ensuite, où l’Allemagne annonce qu’elle s’emparera de quelques dossiers épineux en matière sociale et de santé, qu’il s’agisse d’avancer (enfin !) sur des textes bloqués au Conseil (révision des règlements de coordination, évaluation des technologies de la santé), ou de dessiner les contours de ce que pourraient être de nouvelles politiques européennes en matière de revenu minimum, de salaire minimum ou de réassurance chômage. L’initiative franco-allemande du 18 mai dernier mentionnait également une ambitieuse « Stratégie santé ». Dans la plupart de ces champs, il faudra avancer sur une ligne de crête ténue entre intérêt européen et compétences nationales.

Au niveau institutionnel, enfin, puisqu’il devrait incomber à l’Allemagne de lancer la Conférence sur l’avenir de l’Europe. Nous devons relever de grands défis qui ignorent les frontières nationales. Notre réponse, c’est l’Union européenne. Ce n’est qu’ensemble que nous pourrons préserver notre idéal européen de société dans l’intérêt de tous les citoyens de l’Union européenne. Ce modèle européen concilie réussite économique et solidarité sociale. Cette proclamation, qui aurait pu être extraite du programme de travail de l’actuelle Présidence, figure en réalité dans la Déclaration de Berlin, qui jetait les bases de la Conférence intergouvernementale qui allait aboutir au Traité de Lisbonne. C’était en 2007, lors de la précédente Présidence allemande du Conseil.

*Tout vient à point à qui sait attendre

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