L’heure de l’affirmation pour l’UE?

L’histoire montre que l’Union européenne a souvent avancé par crises. Conjuguée au Brexit, la pandémie de Covid-19 semble créer les conditions pour qu’elle s’affirme davantage, en particulier sur les plans sanitaire et social. La mutualisation d’une partie des dettes publiques, la mise en œuvre du programme SURE de réassurance chômage, l’adoption d’un plan de relance avec des volets sociaux et environnementaux ou encore la commande groupée de vaccins : autant d’initiatives qui témoignent d’une montée en puissance indéniable. L’UE reste cependant critiquée pour ses lenteurs, tant celle de la campagne de vaccination que celle du plan de relance, dont la mise en œuvre n’a toujours pas commencé. Sur ces points, la comparaison avec les États-Unis, notamment, se révèle peu flatteuse.

Pour autant, l’UE semble avoir rapidement pris conscience de ses limites actuelles et elle tend à se positionner désormais avec une plus grande assertivité que par le passé : blocage d’exportations de vaccins en l’absence de réciprocité, lancement du projet Hera pour accélérer la recherche et la production à l’avenir… La comparaison internationale, souvent faite avec les campagnes de vaccination israélienne et britannique, ne doit pas faire oublier que l’UE est largement en avance sur des pays pourtant souvent cités en exemple dans leur gestion de la pandémie, comme le Japon et la Corée du Sud. L’Europe est de surcroît en train de dépasser la capacité de production vaccinale des États-Unis.

« La fin de la naïveté » : tel est le nouveau mot d’ordre à Bruxelles et dans d’autres capitales européennes. Le Brexit avait offert un avant-goût à cette nouvelle posture, l’accord de commerce et de coopération avec le Royaume-Uni ayant été le premier à véritablement placer en son cœur des exigences de concurrence loyale en matière sociale et environnementale, assorties de mécanismes de sanction. D’aucuns estiment d’ailleurs que le départ britannique constitue un facteur propice à l’affirmation d’une Europe sociale.

L’actualité récente montre des signaux en ce sens, de la publication du plan d’action du Socle européen des droits sociaux à l’initiative sur les plateformes numériques de travail, en passant par la Garantie européenne pour l’enfance, dont certains objectifs peuvent être très engageants s’ils sont tenus.

De nouveaux sons commencent à résonner dans l’enceinte européenne, avec des appels à un renforcement des compétences communautaires en matière de santé et même le retour sur scène de la thématique du revenu minimum. Quant à la Commission, elle vient de rappeler à maintes reprises que 88% des citoyens européens considèrent l’Europe sociale importante pour eux personnellement.

Simple bruit du moment ou réelle affirmation ? C’est avec un intérêt certain que l’on écoutera la tonalité du sommet social de Porto le 7 mai.

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