Vaccin Covid : l’Union européenne sous pression.

L’enthousiasme suscité par l’autorisation d’un troisième vaccin Covid par l’Union européenne le 29 janvier a été largement entamé par la passe d’armes que se livrent son fabricant AstraZeneca et la Commission sur la question du nombre de doses effectivement livrables aux Etats membres au premier trimestre 2021. L’opposition porte sur les termes du contrat. L’UE estime qu’il exprime un engagement ferme alors que l’industriel évoque des objectifs à atteindre. En cause notamment, et c’est l’un des effets on ne peut plus concrets du Brexit, le fait que la production de l’usine anglaise serait (finalement) réservée contractuellement au Royaume-Uni. Faisant fi du paradoxe, l’UE s’est retrouvée en position de réclamer l’accès à ces doses tout en étudiant une proposition d’interdiction d’exportation des vaccins produits sur son territoire.

La séquence rappelle de manière crue que l’Europe n’est pas encore la puissance géopolitique qu’elle souhaiterait sans doute être. En pointe dans l’initiative COVAX pour l’accès mondial et équitable au vaccin Covid, elle se trouve désormais en difficulté pour en assurer l’accès à sa propre population et peine à faire valoir ses intérêts dans la compétition entre Etats mais également, semble-t-il, dans les négociations avec les industriels. Le rapport de la Cour des comptes de l’UE sur l’acquisition des vaccins, attendu courant 2021, permettra d’analyser la pertinence des contrats conclus par la Commission avec l’industrie pharmaceutique. La rapidité avec laquelle les institutions ont su adopter des mesures de restriction des exportations envoie un signal fort à ceux qui reprocheraient à l’Europe une naïveté coupable.

L’épisode valide en tout état de cause l’objectif de la Commission de renforcer l’autonomie stratégique de l’UE en matière de produits de santé et confirme que la simple consolidation des chaînes d’approvisionnement n’y suffira pas dans l’hypothèse où la production continuerait d’avoir essentiellement lieu en pays tiers. Au-delà de la relocalisation industrielle à l’étude, des options plus ambitieuses, tel un recours à des productions publiques ou à des licences obligatoires, pourraient y trouver un terreau fertile. La proposition de créer une Autorité européenne d’intervention en cas d’urgence sanitaire (HERA) n’en revêt elle aussi que davantage de pertinence. L’analyse d’impact soumise le 28 janvier prévoit de lui confier notamment la charge d’identifier les capacités de production et possibilités de conversion des lignes industrielles ainsi que de travailler à la disponibilité de matières premières.

« La chance ne sourit qu’aux esprits bien préparés (1) », mais si pertinentes semblent-elles, ces propositions ne verront le jour qu’au prix d’un accord au Conseil. Or, au-delà de son impact sur la santé publique, l’enjeu de cette crise à long terme semble résider dans la confiance que les Etats membres seront prêts à accorder à la Commission européenne pour coordonner leurs efforts et négocier en leur nom. En convoquant d’elle-même l’industrie pharmaceutique à un échange le 1er février, la chancelière Merkel ne laissait que peu de place au doute quant à son appréciation de la situation.

(1) Louis Pasteur

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