Propos introductif 

Alors que la Commission européenne publie aujourd’hui une Communication sur une Vision à long terme pour les zones rurales, le contexte est particulièrement adéquat pour présenter une bonne pratique de la Mutualité Sociale Agricole (MSA) qui a lancé depuis 2018 des appels à projets scientifiques de recherche en protection sociale permettant de valoriser les territoires ruraux et leur cohésion sociale, tout particulièrement dans le cadre de l’UE.  

Le Professeur Jean-Marc Soulat, Médecin national MSA, répond à ce sujet à quelques questions pour les lecteurs du REIF-Info. 

Pouvez-vous nous présenter le Conseil scientifique de la MSA et sa démarche?

Depuis 2018, la MSA a développé une réflexion scientifique propre aux problématiques agricoles rencontrées par les ressortissants de son régime de protection sociale.  Elle a pu compter en 2019 sur l’expertise d’institutions de recherche (Instituts, Laboratoires de recherche, Universités…), notamment de Bernard Salles, professeur émérite et ancien directeur du Laboratoire TOXALIM 1(toxicologie alimentaire), et sur une Cellule recherche MSA ad hoc2, pour proposer un modèle d’organisation en deux structures distinctes et complémentaires.  

Le Conseil scientifique MSA, d’une part, présidé par une personnalité extérieure à la MSA, dispose d’un rôle scientifique et technique indépendant, ses organisation et composition permettant de garantir le sérieux de l’évaluation et des décisions prises sur le plan de la recherche en MSA. Le Conseil couvre l’ensemble des disciplines scientifiques intervenant dans le champ de la protection sociale agricole : santé, travail, économie, sociologie, agronomie, toxicologie, santé mentale, biostatistique, mathématiques… et s’articule avec la politique d’innovation de la stratégie MSA 2025 et l’action mise en place par François-Emmanuel Blanc, Directeur Général de la CCMSA.  

Le président Pascal Cormery et les élus avaient souligné, à plusieurs reprises, l’importance d’asseoir la place du monde agricole dans la société, de montrer, par des données scientifiques, l’implication des professionnels autour des problématiques d’alimentation, de santé et d’environnement et d’opposer des arguments apportés par la politique scientifique à des critiques visant les ressortissants du régime.  

Le comité d’orientation scientifique, d’autre part, présidé alternativement par un élu représentant les salariés agricoles ou les exploitants – actuellement M. Régis Jacobe, représentant non salarié – dont l’objectif est d’orienter la politique scientifique de la MSA en tenant compte des réalités de territoires identifiés également grâce à la présence d’élus locaux propre à notre régime et maillant l’espace rural.  

Parmi les projets financés en 2020, MENTAGRO retient notre attention. Pouvez-vous nous parler de ses objectifs et de ses premiers résultats?

Le projet MENTAGRO (Santé mentale des agriculteurs en transition agroécologique) a fait l’objet d’une convention signée entre la CCMSA et l’Université Toulouse III Paul Sabatier en janvier 2021. Il étudie les impacts de la mise en œuvre de la transition agroécologique sur la santé mentale des agriculteurs. Il poursuit trois objectifs. En premier lieu, il vise à déterminer si les conditions de travail des agriculteurs en phase de transition agroécologique détériorent ou pas leur santé mentale. Ensuite, il vise à identifier dans les stratégies collectives ce qui peut améliorer leur santé mentale dans cette phase. Enfin, il ambitionne l’élaboration d’un outil de diagnostic de santé mentale d’un agriculteur en phase de transition agroécologique.  

Les retombées de MENTAGRO concernent essentiellement la MSA, à travers la mise à disposition d’un outil d’évaluation de la santé mentale d’un agriculteur en phase de transition. Il complètera les actions et les dispositifs déjà développés par la MSA qui visent à prévenir le mal-être au travail de ses adhérents. Les acteurs de l’accompagnement des agriculteurs, les pouvoirs publics et, à plus long terme, les acteurs de la formation continue, bénéficieront également des résultats du projet. 

Etat d’avancement : signature et déblocage de fonds récents (1er trimestre 2021), indépendance de l’équipe de recherche, un COTECH ou comité technique permettra des points d’étapes entre la CCMSA et l’équipe de recherche LGCO (Laboratoire Gouvernance et Contrôle Opérationnel) de Toulouse III. 

Les appels à projets 2021 viennent d’être clôturés? Quels sont les principaux axes de recherche?

Les axes retenus pour l’édition 2021 sont au nombre de 4, contre 3 en 2020 : les élus ont souhaité en effet étendre la démarche de recherche à la ruralité, comme en témoignent les intitulés : Étude du risque suicidaire chez les professionnels agricoles : analyse du risque et proposition d’outils de prévention ; Inégalités sociales, de genre, d’âge et de santé dans les territoires ruraux ; Analyse de l’efficacité d’action d’accompagnement social des populations vulnérables en zones rurales : pistes d’amélioration; Offre de santé dans les territoires ruraux : comment répondre aux besoins des populations ?  

Ces travaux pourront-ils abonder la réflexion initiée par la Commission européenne sur la vision à long terme pour les zones rurales?

Ursula von der Leyenprésidente de la Commission européenne, a annoncé l’élaboration par la Commission d’une Vision à long terme pour les zones rurales 3en vue de leur permettre d’exploiter au mieux leur potentiel et de les aider à faire face à leurs problématiques spécifiques : de l’évolution démographique à la connectivité, en passant par le risque de pauvreté ou encore l’accès limité aux services. La démarche prévoit une collaboration étroite avec les habitants des zones rurales, ainsi qu’avec les autorités locales et régionales.  

Les travaux du Conseil scientifique MSA répondent à ces enjeux de valorisation des zones rurales : l’emploi agricole, l’offre de services auprès des populations, l’accès à une offre de soins coordonnée, une protection sociale complète fondée sur son guichet unique, ainsi que des travaux de recherche orientés sur des problématiques plus spécifiques au monde agricole.  

La recherche en protection sociale constitue un élément central d’avancement des ambitions de l’Union européenne au service des territoires ruraux. Elle est nécessaire si l’on souhaite répondre aux enjeux de valorisation et de qualité de vie de l’ensemble de la population agricole.